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CÉLÉBRATION un film d'Olivier Meyrou

Sortie salle mercredi 14 novembre 2018



"Célébration, l'œil scalpel", texte de Laurence Benaïm, biographe d'Yves Saint Laurent,
à propos du film Célébration d'Olivier Meyrou

CELEBRATION
L'œil scalpel

Historien de la vérité, romancier du réel, Olivier Meyrou est entré dans le monde d'Yves Saint Laurent par la voie du silence, de l'observation. D'où ce noir et blanc qui archive l'instant et le fait basculer dans un entre-deux mondes, qui n'est ni tout à fait celui du présent, ni tout à fait celui de l'Histoire. Parce qu'au 5 avenue Marceau, le silence s'écoutait, parce que Monsieur Jean Pierre, premier d'atelier tailleur, pouvait changer une doublure de manteau trop sonore, parce que seule la voix de Pierre Bergé s'échappait, comme d'une cage aux barreaux invisibles. En auscultant la peur, Olivier Meyrou la rend tactile, visible, saisissant les arythmies d'un monde à la fois englouti et proche que sublime la musique de François Eude Chanfrault, disparu à quarante ans. Sa caméra est une sorte d'appareil à ultra-sons, échographiant l'in utero sans fin de la création. A l'inverse du biopic froufroutant le passé, Olivier Meyrou, s'adonne au vivant en le décomposant, de son œil scalpel, il le révèle, aminci, étiré, construit telle une robe Saint Laurent, faite pour donner la sensation qu'elle n'a jamais été touchée. Silhouetteur d'un temps retrouvé, il fait surgir au détour d'un mot, d'une image, d'un moment volé, d'un cadrage, l'essence d'un caractère, l'homme que la beauté réveille, illumine au sens premier, celui pour lequel tous, de Loulou de la Falaise à Anne-Marie Munoz, d'Amalia Vairelli aux petites mains, voulaient donner le meilleur d'eux mêmes. Tout tient à ce fil tendu entre le familier et l'inconnu, l'audace et la retenue, le murmure des ombres, l'improbable présence si attendue, de Paris à New York, de ce grand corps malade qui a cessé de boire, de se droguer, et titube dans une réalité aveuglante, le temps des collections, des apparitions, des applaudissements et des flashes. La force d'Olivier Meyrou est de ne jamais basculer dans la familiarité du voyeur, sans pour autant cacher le trou béant de l'effroi, ce déjeuner de collection qui semble surgi de Festen, cet abîme dans lequel le spectateur plonge, peut être justement parce que c'est de coeur dont il est question. La solitude est mise à nu, sans effet, sans artifice. Depuis des années, le film circulait sous le manteau. Revoir Célébration vingt ans après les débuts de son tournage, c'est écouter les battements intérieurs d'une maison née borderline, au bord d'un autre monde, cette époque dont Yves Saint Laurent disait "je ne la comprends pas, mais je la sens".

Laurence Benaïm
journaliste, écrivain, auteur d'Yves Saint Laurent (Grasset, nouvelle édition, 2018).